Sans ventilation, l'air d'une maison rénovée se dégrade vite

Une chambre où deux personnes dorment dix heures, porte fermée, dans une maison dont on vient de changer les fenêtres et d'isoler les combles : c'est le cas le plus critique relevé par le projet JUSTAIR. Sans aucun système de ventilation, les simulations y donnent des pics de CO2 au-delà de 6 000 ppm, et un air au-dessus de 70 % d'humidité relative pendant 70 % de la saison de chauffe. La condensation sur les vitrages et les moisissures dans les angles ne sont alors plus une surprise. La ventilation en rénovation n'est pas un accessoire, c'est la condition pour que les travaux d'isolation ne dégradent pas le logement.

La synthèse a été mise en ligne par l'ADEME le 12 octobre 2026. Le projet, coordonné par le CEA dans le cadre de l'appel à projets « Vers des bâtiments responsables » de 2022, s'en tient aux maisons individuelles en rénovation. Il part d'un constat de terrain : enquêtes auprès des artisans et des accompagnateurs de projet, dix problèmes récurrents identifiés, de la sensibilisation des habitants à la formation des poseurs. Le diagnostic est sans détour. La ventilation reste, dans la rénovation, un domaine encore peu structuré. On isole, on change les menuiseries, et le renouvellement d'air vient après, quand il vient.

Huit systèmes passés au crible sur 648 scénarios

Les huit systèmes retenus sont ceux qu'on rencontre réellement en rénovation : VMC simple flux hygroréglable de type A et de type B, VMC double flux autoréglable à haut et à bas débit, double flux thermodynamique, double flux sans gaine d'insufflation, ventilation mécanique par insufflation, ventilation mécanique répartie. S'y ajoute une ventilation ponctuelle double flux posée dans la seule chambre parentale, en complément d'une hygro B pour le reste de la maison. Trois d'entre eux ont été mesurés dans une maison expérimentale à ossature bois du CEA, ce qui a servi à caler un modèle numérique. Le simple flux et, dans une moindre mesure, le double flux sont connus dans le neuf depuis l'arrêté du 24 mars 1982 sur l'aération des logements. En rénovation, la question est autre : le système doit s'adapter à un bâti existant, à des gaines difficiles à passer et à des occupants déjà installés.

Chaque système a ensuite été simulé sur une année complète, sept mois d'hiver et cinq d'été, dans 648 configurations. Elles croisent trois zones climatiques françaises, que la synthèse ne détaille pas, trois niveaux d'étanchéité à l'air du bâti, trois scénarios de présence, deux façons d'ouvrir les fenêtres. Les chiffres ci-dessous sont des moyennes d'hiver sur l'ensemble de ces cas. Ils comparent des systèmes entre eux. Ils ne disent pas ce que donnera une maison précise.

SystèmeCO2, 95e centile (ppm)Temps au-dessus de 70 % HRAir neuf entrant par les fuitesVentilateurs (kWh/saison)
VMC simple flux hygro B2 6306,6 %50 %65
VMC double flux autoréglable haut débit1 3505,3 %17 %239
VMC double flux sans gaine d'insufflation1 2003,8 %20 %282
Ventilation répartie (VMR)2 7804,5 %80 %56

Quel système choisir dans une maison qu'on rénove ?

Aucun ne gagne sur tous les tableaux. Les double flux gèrent mieux le CO2 et les polluants émis en continu, les hygroréglables consomment moins et tiennent mieux la plage d'humidité confortable. Le choix dépend de ce qui pose problème dans la maison.

Le CO2 est le point faible des systèmes hygroréglables. Leur débit de base descend à 0,1 volume par heure hors pic d'humidité, contre 0,4 à 0,7 pour les double flux. Le double flux sans gaine d'insufflation, régulé sur le seul CO2, obtient les meilleurs résultats de la série. La VMR, qui n'extrait rien tant que l'humidité reste sous 60 %, obtient les pires. La parade testée est simple : une ventilation ponctuelle régulée sur le CO2 dans la chambre parentale rapproche une hygro B des performances d'un double flux, parce que c'est là que le problème se concentre la nuit.

Sur l'humidité, la hiérarchie s'inverse. Les systèmes à faible débit de base font entrer moins d'air froid à chauffer, ce qui limite l'air sec en hiver : la VMR ne sort de la plage de 40 à 60 % d'humidité relative que 30 % du temps environ, contre 40 % pour les double flux. Tous tiennent bien les pics. Moins de 7 % du temps au-dessus de 70 % en moyenne, pour les huit. Les hygro A et B, pourtant régulées sur l'humidité, font légèrement moins bien que les double flux et l'insufflation, dont les débits atteignent 180 à 220 m3/h. La VMR compense son arrêt hors pic par un débit maximal plus fort, 280 m3/h. Et le double flux sans gaine, régulé sur le CO2 seul, signe le meilleur résultat, 3,8 % du temps : son extraction représente 55 % d'un débit total compris entre 135 et 210 m3/h.

Reste la cuisine. Les particules fines, que la synthèse estime responsables de plus des deux tiers de l'impact sanitaire de l'air intérieur, dépassent les valeurs guides de l'ANSES avec tous les systèmes. Elles viennent de la cuisson, pas de l'extérieur. Les filtres des double flux n'y changent donc presque rien. Seul compte le débit au moment où l'on cuisine : 120 m3/h en continu pour le double flux haut débit, 135 m3/h en position boost pour les hygroréglables. L'insufflation fait moins bien sur les pics, faute d'un débit suffisant dans la cuisine, et la VMR ferme la marche. Une hotte efficace et une bouche d'extraction qu'on pense à passer en grand débit pèsent ici plus lourd que le choix du caisson.

Une enveloppe qui fuit court-circuite la ventilation

La colonne la plus parlante du tableau est celle des fuites. Avec une hygro A, l'air neuf entre par les défauts d'étanchéité de l'enveloppe plutôt que par les entrées d'air prévues 81 % du temps. Avec une VMR, 80 %. L'extraction crée une dépression, et l'air prend le chemin le plus facile : une trappe de comble mal jointe, un coffre de volet roulant, une traversée de gaine. Il n'est alors ni filtré ni réparti dans les pièces où il est attendu. Les double flux, équilibrés, descendent autour de 17 à 24 %. L'insufflation fait l'inverse : elle met la maison en surpression, et c'est l'air sortant qui fuit par l'enveloppe, 60 % du temps, avec un risque de condensation dans les parois.

Le bruit, lui, n'est pas un obstacle au débit minimal. Les trois systèmes mesurés restent sous les seuils réglementaires de 30 dBA dans les pièces de vie et de 35 dBA dans la cuisine. Au débit maximal, le double flux sans gaine et la ventilation ponctuelle émergent sur certaines fréquences dans la chambre. Côté énergie, les ventilateurs d'un double flux consomment trois à quatre fois plus que ceux d'une hygro, ce qui ne dit rien à lui seul : le double flux récupère de la chaleur, et le bilan dépend du chauffage et de l'étanchéité du bâti. Les auteurs invitent d'ailleurs à lire les mesures en maison expérimentale avec prudence, la météo ayant varié d'un essai à l'autre.

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